Crédit:

L'obsession du mariage

Amina, la gorge pleine de sanglots, est assise auprès de sa fenêtre ouverte pour rafraîchir son front et sa pensée au vent calme de l’obscurité. Elle fête aujourd’hui ses trente ans, mais son mari lui a bien fait comprendre qu’il serai au bar avec ses amis et qu’elle n’était plus une enfant pour en faire tout un pataquès. De toute façon elle s’est habituée à son caractère à la fois négligent et tranchant. Finis les cadeaux flatteurs et les mots doux… Le seul présent qu’il lui a offert date d’à peu près un an, c’était la bague qu’il lui a mise au doigts à la cérémonie de leur mariage.

Sa mère a attendu ce moment avec impatience, elle pourra enfin se vanter devant ses copines, après des années d’attente, et puis elle craignait tellement que sa fille fut rattrapée par le temps qu’elle lui a demandé de porter son premier enfant. Ce qu’elle ne sait pas c’est que sa fille, qu’elle aime à en mourir et qui cherche à donner la vie, a perdu la sienne depuis qu’elle a porté la robe blanche. Son mari, qui se montrait pourtant si bienveillant devant les beaux-parents, retirait son masque dès que la porte de leur demeure se refermait. Il perdait le contrôle et devenait petit à petit si agressif et brutal, il n’y avait pas un jour qui passait sans qu’elle ne soit battue jusqu’au sang, sans recevoir des coups de points, des gifles  pleuvant comme des prunes… Amina a des bleus plein le corps, camouflés par ses habits, et vit avec la peur permanente d’être tuée un jour. Cela rend son âme aussi souffrante que son corps, le cœur battant, la gorge serrée.

Mais elle n’avait pas le choix, elle lisait dans les yeux de sa mère cette faim, cette envie de la voir fonder une famille, et elle n’en pouvait plus des femmes qui la pointaient des doigts en disant qu’elle n’avait pas de chance, qu’elle restera sans doute une bachelorette pendant le restant de vie. De toute façon qui voudra d’elle quand elle perdra sa beauté avec le temps, les rides commencent déjà à fleurir sur son visage, et sa peau se noircit petit à petit. Son père de son côté lui reproche les fois où elle a refusé de se marier étant plus jeune.

Depuis qu’elle a dépassé la barre des vingt-cinq ans, on lui demande lors des repas de famille si elle envisage de se marier prochainement ou si au moins elle connaît quelqu’un. n lui rebat les oreilles par des questions du genre « T’as vingt-cinq ans, c’est quand que tu te poses ?». Quand elle répond par la négative, on la regarde d’une manière désolée pleine de pitié et de compassion, comme pour lui faire comprendre qu’être célibataire était une malédiction.

On lui a tellement bourré le crâne de ces paroles qu’elle a fini par y croire, qu’elle s’est précipitée à épouser le premier venu pour enfin faire partie du club des mariés et échapper au regard compatissant de son entourage. Mais quand elle songe à sa solitude, Amina sait que ce n’était pas la vie qu’elle voulait mener, elle qui voulait se construire avant de construire une famille. Elle qui voulait voyager, découvrir des contrées éloignées, voir des paysages à couper le souffle, n’était plus qu’une spectatrice esclave et terrifiée de voir sa vie s’écrouler devant ses yeux sans pouvoir arrêter le temps. Ses mouvements, son corps et même ses pensées se trouvent gouvernés. Elle qui voulait devenir une bonne vivante, qui en ayant quitté ce monde, aurait fait sa part. Elle qui rêvait de créations, d’accomplissements, de dépassements a fini par tourner le dos à ses rêves pour céder aux pressions sociales.

Mais pourquoi le monde est-t-il si obsédé par le mariage? N’y-a-t-il pas de choses plus importantes dans la vie ? Une carrière professionnelle par exemple !  Pourquoi a-t-on du mal à accepter qu’une femme aie pour autre but dans sa vie que de se marier et de faire des enfants ? Pourquoi personne ne lui demande ce que sont ses accomplissements ? Si elle était épanouie dans sa vie ? Et pourtant elle l’était ! Mais ça n’avait pas d’importance puisque se marier était le but ultime de la vie. On essaye de lui inclure dans la tête cette idée que l’homme dans la vie d’une femme est une nécessité, c’est la source de son épanouissement et elle ne peut être considérée en étant un être autonome indépendamment de lui. 

« Quand le malheur vous tombe sur la tête, il est trop tard pour regretter »

Elle n’osait pas dire qu’elle était persuadée que l’amour l’attendait quelque part, qu’il était juste inutile de le forcer, que dieu cache pour chacun sa part du gâteau et qu’il le lui offrira au bon moment. Elle n’osait pas leur dire non plus d’arrêter de lui bousiller la vie en lui mettant la pression sur la façon dont elle devrait vivre sa vie. Elle voulait leur crier la souffrance qu’elle vivait au quotidien dans le dessein de se conformer à leurs normes insignifiantes. Aujourd’hui, elle se mord les doigts d’y avoir céder. Mais quand le malheur vous tombe sur la tête, il est trop tard pour regretter.

Partagez

Auteur·e

ilhamtalks

Commentaires

Salma
Répondre

C'est malheureusement la pression que nous vivons en tant que femme dès qu'on dépasse les 25 ans dans la société marocaine, j'espère que ça changera et merci pour ce beau texte. magnifique.

Maryame
Répondre

C'est la réalité malheureusement .
Et bravo 👏

Mounir
Répondre

DescriptionLe mariage est une union conjugale contractuelle et/ou rituelle, à durée illimitée, déterminée ou indéterminée, reconnue et encadrée par une institution juridique ou religieuse qui en détermine les modalités. Bientôt ça sera notre cas .....,

NinTenno
Répondre

Je me demande encore quelle est la place de la femme maghrébine dans la tête des hommes maghrébins ( pas tous attentions)
Est ce un objet ou bien une personne pour eux...?

Rim
Répondre

J'adore ce que tu écris vraiment *-*

Oussama
Répondre

Im in love with your writing and the subject you bring reflect the true dark side of society.

Amine Jebran
Répondre

Je suis désormais ton fan 😅👏🏻

Bachtaoui
Répondre

C'est tellement vrai !!!

Mehdi
Répondre

Malheureusement c est une mentalite degoutante qui etait valable 50 ou 60 ans deja quand le mariage et fonder une famille etait le plus grand explois des femmes et voir qu en 2020 il y a des personnes qui ont la meme facon de penser mm qu apres ce que Les femmes ont ou prouve dans tt les domaines c est inacceptable

IlhamTalks
Répondre

Merci les amis pour vos retours encourageants, c'est en s'exprimant qu'on réussit à changer les choses :)

Marek Abi
Répondre

Avant toute chose, bienvenue dans la famille Mondoblog.
La pression que les femmes endurent par rapport au mariage dans nos sociétés africaines n’est pas du tout saine et tu fais très bien de le dénoncer à travers ce billet.
J’espère revenir te relire bientôt. ✌🏿

IlhamTalks
Répondre

Merci beaucoup pour ton commentaire Marek :)